Télé, réseaux, diaspora : pourquoi les Algériens sont fous de gastronomie

Entre le lancement de Cauchemar en cuisine, El Djazair et la médaille d'or décrochée à Paris par la cheffe-influenceuse Nna Nora, la cuisine algérienne occupe une place inédite dans l'espace médiatique.

Par Rédaction Food Algérie
Un chef cuisinier derrière un piano de cuisine professionnel, avec le logo de l'émission « Cauchemar en cuisine El Djazaïr » incrusté à l'écran.

Entre le lancement de Cauchemar en cuisine, El Djazair et la médaille d’or décrochée à Paris par la cheffe-influenceuse Nna Nora, félicitée publiquement par le président de la République, la cuisine algérienne occupe une place inédite dans l’espace médiatique. Deux actualités sans lien direct, mais révélatrices d’un même engouement collectif pour tout ce qui touche aux métiers de bouche.

Un genre télévisuel qui ne faiblit pas

Le lancement de « Cauchemar en cuisine, El Djazair », porté par le chef Rabah Ourrad, déjà connu du public pour son rôle de juré à MasterChef Algérie, s’inscrit dans un paysage où la cuisine occupe une place croissante depuis une quinzaine d’années, entre MasterChef, Le Meilleur Pâtissier El Djazairi et les programmes quotidiens de Samira TV. Leur rôle dépasse le simple divertissement : Cauchemar en cuisine transforme un sujet professionnel en débat public, MasterChef et Le Meilleur Pâtissier valorisent la transmission et la cuisine amateur en donnant une scène nationale à des candidats sans parcours professionnel. Dans les deux cas, la cuisine devient un langage commun, suivi et commenté bien au-delà du cercle des professionnels.

Les influenceurs food, nouveaux relais de l’engouement

Ce même appétit se retrouve sur les réseaux sociaux, où les comptes food algériens cumulent des audiences comparables à celles de la télévision, portés par des recettes du quotidien, des tests de restaurants ou des formats de type street food. Ce relais numérique a permis l’émergence de figures qui construisent leur notoriété en dehors de tout format télévisé, avec une proximité et une fréquence de publication que la télévision ne peut pas offrir.

Les stars des métiers de bouche, jusqu’à la reconnaissance officielle

L’actualité récente illustre jusqu’où peut aller cette reconnaissance. Début septembre, la cheffe Nora Sadki, connue sous le nom de Nna Nora, a remporté la médaille d’or « Best of Gastronomie » au Village international de la gastronomie de Paris, avec sa galette kabyle farcie devenue une référence dans les milieux culinaires parisiens. Installée en France depuis 2014, cheffe au restaurant Majouja et influenceuse suivie sur les réseaux, elle a reçu les félicitations publiques du président Abdelmadjid Tebboune pour sa contribution à la valorisation du patrimoine culinaire algérien.

Ce n’est pas un cas isolé. Mohamed Cheikh, chef franco-algérien originaire d’une famille d’Oran, a remporté Top Chef France en 2021 et multiplie depuis les ouvertures en région parisienne : Meïda, Chik’Chill, Meatpack, et désormais El-Cheikh, consacré à la cuisine nord-africaine, sans disposer d’établissement en Algérie mais en revendiquant sans cesse ses racines dans ses créations et sur les réseaux sociaux. À leurs côtés, des figures comme Rabah Ourrad, passé par les cuisines de Londres et de Barcelone avant de revenir s’installer à Alger, ou Mehdi Hadj Mebarek, pâtissier franco-algérien formé aux côtés du chef étoilé Thierry Marx, montrent que le rayonnement des métiers de bouche algériens dépasse désormais largement les frontières, que ce rayonnement se prolonge par un retour au pays ou s’exerce entièrement depuis la diaspora.

Un même engouement, trois scènes différentes

Que ce soit sur un plateau de télévision, sur un compte Instagram ou sur un stand parisien, le phénomène est le même : la cuisine algérienne s’impose comme un sujet de fierté collective, largement relayé, commenté et de plus en plus reconnu institutionnellement. Pour les professionnels du secteur, cette triple exposition installe les figures de cuisine comme prescripteurs et élargit le public sensible à la gastronomie algérienne, en Algérie comme dans la diaspora, un momentum que le secteur pourra chercher à mobiliser par la visibilité qu’il offre et les partenariats qu’il rend possibles.