Hôtellerie en Algérie : le boom des investissements profite-t-il aux chaînes algériennes ?
Franchise pour la SIH, retrait pour Accor : pendant que les enseignes internationales redessinent leur présence, Atlantis et AZ Hôtels avancent leurs pions.

Les élèves algériens ne reprendront le chemin de l’école que le 21 septembre. Ce report de deux semaines, décidé sur instruction présidentielle début août, répond en partie à un appel direct de la Fédération nationale de l’hôtellerie et du tourisme, qui voulait prolonger la saison touristique plutôt que la voir écourtée par la rentrée. Le secteur a désormais assez de poids économique pour peser sur le calendrier scolaire national.
Un boom qui ne faiblit pas
39 nouveaux hôtels ont été mis en service avant l’été, et 60 projets touristiques privés ont été réceptionnés sur l’année, concentrés sur le littoral. Le parc national, lui, est passé de 152 000 lits en 2024 à un objectif de 250 000 en 2030. Derrière ces chiffres, une question plus intéressante que le simple décompte de lits : qui construit ce parc, et pour quel positionnement ?
La SIH consolide par la franchise
Le haut de gamme algérien reste largement tenu par les enseignes internationales, mais elles n’y jouent pas toutes la même partie. La SIH, société publique propriétaire de sept hôtels de luxe confiés aux plus grandes marques mondiales, a fait passer une partie de son portefeuille du contrat de management à la franchise — Renaissance Tlemcen, Four Points Oran, Sheraton Annaba, Marriott Constantine. Le changement est juridique plus qu’opérationnel : l’enseigne reste, seul le montage évolue. C’est une manière de consolider sa présence sans y engager davantage de capital propre.
Accor plie bagage, les nationaux récupèrent
Accor, à l’inverse, se retire. En deux mois, à l’été 2025, le groupe français a fermé trois établissements algériens sans grande explication : l’Ibis et le Novotel de Sétif, aujourd’hui rebaptisés Noxi Hotel et Rénéa Hôtel sous leur repreneur local, puis l’Ibis Alger Aéroport. Douze jours après cette dernière fermeture, Atlantis Hotels annonçait le rachat de l’établissement — directement auprès de Sieha, la coentreprise qu’Accor partage depuis 2005 avec le groupe algérien Mehri. Le timing en dit long : ce que le groupe français abandonne, un opérateur national le récupère presque aussitôt.
Atlantis et AZ Hôtels, deux stratégies distinctes
C’est précisément là que les chaînes algériennes avancent leurs pions, chacune à sa manière. Atlantis, née en 2015 à Akbou d’un industriel de l’agroalimentaire qui cherchait simplement à loger ses techniciens, compte aujourd’hui six hôtels en activité et vise près de 880 employés d’ici la fin de l’année. Elle a fait un choix radical en reprenant l’Ibis Alger Aéroport : abandonner une enseigne internationale reconnue pour y imposer sa propre marque, avec l’ambition assumée de concurrencer frontalement le Mercure voisin.
AZ Hôtels, issue du même groupe Mehri mais restée à l’écart d’Accor, joue une autre carte : sept établissements entre Alger, Mostaganem et Oran, sur un positionnement affaires et confort plutôt qu’un affichage de luxe pur — moins spectaculaire, mais tout aussi révélateur d’une volonté de peser sans dépendre d’une franchise étrangère.
Aucune des deux ne prétend encore déloger Sheraton ou Marriott de leur segment. L’enjeu est ailleurs : construire une alternative crédible avant que la demande touristique, portée par l’objectif de 8 millions de visiteurs d’ici 2029, ne se fige entre une poignée d’opérateurs dominants. Reste une inconnue que les chiffres officiels n’abordent jamais : la capacité du secteur à former, dans les temps, le personnel que ces ambitions exigent.